Pardonner les habitudes déplaisantes

Le pardon à l’autre est futile, oserais-je dire inutile ?
Pardonner à l’autre sans se pardonner à soi, c’est dire : ce qui s’est passé est de ta faute et j’ai raison. Je ne changerai pas.
Et pourtant, je pense que l’on a sa part de responsabilité dans toutes situations où il n’y a pas eu de contraintes.
Dans les situations régulières, si une personne nous déçoit, c’est pour deux raisons qui vont de paires :
  • on a une attente envers elle
  • elle continue dans ses habitudes déplaisantes

Mes attentes

Il est simple de voir notre responsabilité dans la première raison : j’ai créé une attente envers une personne qui ne reflète pas la réalité. Ce sentiment se résume souvent par :
Je croyais cette personne honnête, et elle m’a menti.
Ça arrive souvent en début de relation et/ou plus on apprécie la personne, plus ces attentes seront fortes.
Le travail personnel dans ce cas est de prendre le temps de juger la personne par ses actions.
Je vais prendre l’exemple du retard pour illustrer mes propos tout au long de l’article.
Si une personne arrive en retard et qu’elle s’excuse en disant que ce n’est pas son habitude. Ne la croyez pas sur paroles. Observez la réalité et que malgré ses dires, elle est arrivée en retard. Et ce même s’il y a eu un problème sur la route (ou tout autre excuse vraisemblable).
Si au bout d’un an, ce n’est arrivé qu’une fois, c’est compréhensible. Par contre, si ça arrive lors des premiers rendez-vous, écoutez ce que disent les actions plutôt que les mots.
Je ne dis pas qu’il faut douter de l’autre, je dis d’écouter les deux sons de cloches : la personne qui parle et la personne qui agit. Si les deux disent la même chose, vous avez de la chance, c’est une personne qui assume qui elle est et avec qui vous pourrez dialoguer. Je dis bien “dialoguer”, ça ne veut pas dire qu’elle changera.
Si l’action et la parole ne disent pas la même chose, attendez avant de valider un jugement, la vérité arrivera sous peu et sous forme d’actions.
Celà mérite un travail constant qui est de douter des paroles, des actions et non pas de la moralité de la personne.
A savoir que résoudre la part de vos attentes n’est pas suffisant, il faut aussi jongler avec le déclencheur de votre déception : les actions de l’autre.

Des habitudes déplaisantes

La 2è raison se règle plus facilement si on fait régulièrement le premier travail.
Quand une personne continue ses habitudes déplaisantes c’est d’abord parce qu’elles nous sont déplaisantes.
Croyez le ou non, mais arriver en retard ne gêne pas tout le monde. Notre éducation occidentale est si prononcée sur le respect du temps que l’on est peu conscient que le retard n’est pas un problème en soi.
Si vous voyagez dans des pays tels que l’Inde, la Chine (pour ceux dont je connais la culture) vous verrez que le retard n’est pas un problème. C’est une chose qui arrive. La notion du temps est autre.
Donc, à chaque situation déplaisante, rendez-vous compte de votre dialogue intérieure. En surface ce sera :
Il.Elle est en retard. C’est irrespectueux.
Inconsciemment ce que vous dites c’est :
Il.Elle est en retard. Moi, j’aurais pas été en retard. Il.Elle ne prend pas cette relation (professionnel, amicale ou amoureuse) au sérieux et comme je suis la composante de cette relation, par conséquent, il.elle ne me prend pas au sérieux. C’est irrespectueux.
Alors, bien sûr, tout n’est pas de votre faute. Si la personne ne vous prévient pas de son retard ou qu’elle vous prévient au dernier moment, elle est aussi fautive. Mais plus vous vous rendrez compte de votre part, plus vous vous sentirez puissant pour agir.
Parce que si rien de ce qui se passe mal n’est de ma faute, alors je ne peux rien changer.
C’est pour celà qu’il faut voir le événements dans une position d’acteur. Les événements seront souvent les mêmes, seul votre manière de les voir sera différente : un peu comme le verre d’eau à moitié plein ou vide.
Après avoir compris ce qui énerve dans la situation et les raisons personnelles qui déclenche vos émotions; le problème est preque déjà réglé puisqu’il est admis.

Dites le avec des mots

C’est peut-être logique pour certains, mais d’autres vont peut garder tout pour eux en espérant que l’autre lise dans ses propres pensées. Et comme par magie, l’autre saura comment régler les choses.
FAUX ! (Norman, sort de mon corps). Il faut se risquer à dire les choses, mais il faut savoir le dire sans blesser.

Si la personne en retard ne vous a pas prévenu et que vous lui dites… calmement :
Envoie moi un message dès que tu sais que tu seras en retard, comme ça, je ne passe pas 30 minutes seul.e à la table du restaurant. Ca me donne l’occasion de faire un tour dans les magasins aux alentours, plutôt que de m’impatienter.
N.B : une règle de la communication non violente, qui est d’utiliser la première personne. Sauf sur le fait avéré du retard qu’il.elle ne peut pas réfuter.
Ou vous pouvez envoyer un message à votre arrivée :
Je suis arrivé.e, je fais un petit tour dans les magasins environnants, préviens moi quand t’arrives
En retour, la personne ne peut que vous répondre.
Dans chacune des deux solutions, vous n’agissez que ce sur quoi vous avez un contrôle total. Vous même. Vous ne pourrez contrôler la conduite de l’autre en dépit de ce que vous dites ou faites pour le raisonner.

Vous ne pouvez pas tout régler

Et parfois, après tous vos ajustements, ces habitudes déplaisantes continuent.
C’est à ce moment, certes difficile qu’il faut savoir arrêter l’attache émotionnelle qui crée la déplaisance.
Optez pour l’ultimatum est selon moi jamais la solution. L’ultimatum rejette toute la responsabilité sur l’autre et présuppose que vous êtes parfait.e dans la situation donnée.
Dans ce cas, plusieurs possibilités s’offrent à vous en fonction de la relation :
  • limiter vos intéractions
  • laisser l’autre venir à vous
  • couper court

Limiter vos intéractions

Si vous le pouvez : limitez vos interactions avec cette personne. En la voyant moins souvent ou moins longtemps, vous aurez moins de contact avec ce qui vous irrite. Vous serez plus heureux.se par omission.

Laisser l’autre venir à vous

La plupart du temps, la personne qui vous agace sait qu’elle vous agace (parce que vous lui avez dit, entre autres). Et si elle apprécie votre compagnie, elle fera aussi le premier pas vers vous pour discuter.
En faisant ce pas vers vous et en étant en demande de votre présence, il.elle sera plus enclin.e à être arrangeant.

Couper court

Cette solution mérite un article entier.
Les bases pour décider de couper court sont qui vous êtes et ce que vous voulez. Et si ce que cette personne fait, correspond à ce que vous voulez dans votre vie.
Il faut aussi penser que cette dernière éventualité est plus difficile plus la relation est longue.

Conclusion

Il y a beaucoup d’autres aspects au pardon que ne sont pas abordés dans cet article, et feront peut-être l’objet d’un prochain article.

L’une des choses à retenir, c’est de ne pas rejeter la responsabilité des événements :

  • car vous donner à l’autre les clés de vos émotions (abandon de son pouvoir personnel)
  • en expliquant à l’autre et de lui faire part de votre ressenti calmement. Et ce, même si celà se fait 1 jour/1 semaine/1 mois après l’événement. Car si vous n’en parlez pas, il est difficile à l’autre de corriger quelque chose qui ne semble pas le.a déranger.

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